Chapitre 3 : trois semaines plus tard…
Comme vous avez pu le remarquer, j’étais un jeune homme assez gauche, et qui n’étais pas vraiment motivé par ce qu’il faisait… Ma mort n’avait pas remédié à cet état qui était le mien. Et pourtant, je semblais sur la bonne voix :
« Danniel ! Viens donc m’aider un peu ! »
La voix féminine s’éleva de l’autre coté du mur d’enceinte. J’étais à présent un membre à part entière de cette grande et noble maison, au même titre que Marie. Nous étions arrivés ici en même temps. Je me précipitais devant la grille rien qu’au son de la voix de la jeune femme.
« J’arrive ! » Lui répondis-je.
En ouvrant le portail, je regardais Marie d’un air stupéfait. Pourtant elle était toujours la même, avec son corps mince, ses longs cheveux lisses et dorés, ses yeux verts tellement expressifs, et sa peau légèrement bronzée. Enfin, je n’étais pas surpris par Marie en elle même, mais par la petite boule de poil qui gesticulait dans tous les sens entre ses mains.
« Allez, réagis un peu, tiens-le, il m’a griffé, je n’arrives plus à le tenir ! »
Je tendais les mains, et la bête en profita pour me parcourir le bras ainsi que le dos, toutes griffes dehors, avant de sauter dans le jardin. Quand à moi, je me réveillais tout à coup pour sentir la douleur aigue de ma peau écorchée. Marie me bouscula pour courir après le chaton.
« Ferme le portail ! Ferme le portail ! »Me criait-elle.
Mes lunettes, tombées au sol après cette bousculade, j’obéissait comme je pouvais : Je fermai la grille à tâtons, avant de m’agenouiller pour chercher mes lunettes. Je les retrouvai au bout de quelques minutes, et je me décidais à rattraper Marie en courant. Je la retrouvais accroupie derrière la maison, regardant à travers le fin espace qui séparait la maison en deux parties. En me penchant, je voyais le fauve aux yeux brillants, caché dans l’ombre.
La jeune femme avait bon cœur, Danniel le savait, et c’était d’ailleurs pour ça qu’elle ramenait souvent dans la demeure de petites bêtes égarées.
_ Où est-ce que tu l’as trouvé, celui-là ? Lui demandais-je.
_ Dans la zone 78. Me répondit-elle le plus simplement du monde.
Effaré, je reculais d’un pas en soufflant :
_78 ?! Ne me dis pas que tu es allé là-bas ?! C’est dangereux ! C’est la dernière zone, la plus pauvre ! Tu sais ce qui aurait pu t’arriver ??!
Elle tourna vers moi un regard amusé, et sa voix se fit douce :
_Oui, je sais. Mais regarde, comme il avait l’air triste et affamé. Elle se tourna à nouveau vers le chaton. Et puis c’est grand ici, on pourra le garder !
Notre discussion s’arrêta là, car le matou, qui se sentait sûrement agressé par ma soudaine montée d’adrénaline me sauta au cou. Je reculais sous l’effet de la surprise, et la bête se faufila dans mon vêtement. Marie se retourna, et sembla regarder derrière moi.
« Bonjour, Kamui-sama. »
Elle se releva et épousseta son kimono. Quant à moi, je me retournais instantanément après avoir entendu les paroles de marie, et je restais figé. Un homme grand et imposant se trouvait devant moi. Le maître de la maison avait un visage tiré et des yeux fins. Son expression noble contrastait avec ses cheveux blancs en désordre, et ses yeux doux. Je répétais à mon tour les paroles de Marie. J’en avais totalement oublié le chat, qui sortit la tête de mon col. Le regard de Kamui vint se poser sur la boule de poil, que j’attrapais maladroitement par le cou, tout en bredouillant :
« Euh je… Marie… »
*Si je lui dis que Marie est allée dans la zone 78, il va piquer une crise !*
« Nous l'avons trouvé dehors, et j’ai pris la décision de le ramener ici ! »
Marie, derrière moi, fit un pas en arrière, mais garda sa contenance. L’homme face à nous ne détachait pas son regard du matou. Après quelques minutes, il se retourna, faisant onduler noblement le tissu de sa veste. En s’éloignant, il lança :
_ Faites donc ce qui vous plait, j’ai d’autres… chats, à fouetter.
En entendant ces paroles, je déglutis difficilement, et nous ne bougeâmes pas avant que la grande silhouette ait totalement disparut.
_ Quelle présence ! Souffla Marie. Même notre petit combattant n’a pas osé bouger en le voyant !
Je tournais mon regard vers elle, avec une moue révélatrice.
*Elle l’admire toujours autant ! Moi il me fait froid dans le dos…*
Je frissonnai, et Marie s’approcha pour prendre le chat dans ses bras. Elle me fit un sourire, tout en caressant la bête.
« Merci, pour tout à l’heure… »
Je mettais les mains derrière ma tête, heureux de cette reconnaissance.
Après cet épisode, Kawa (car c’est ainsi que nous avions baptisé notre nouveau compagnon) devint moins agressif, ce qui nous permit de l’approcher, sans risquer d’en ressortir défiguré.
J’étais resté dans mon lit, à trainasser le plus longtemps possible. Marie ouvrit d’un coup la porte, m’aveuglant de tant de lumière vive. Elle s’approcha et jeta ma couverture à l’autre bout de la salle. Elle paraissait très motivé ce matin…
« Allez, debout ! Tu as bien assez traîné comme ça ! On doit aller faire quelques courses ! »
En marmonnant des « pourquoi la nuit est-elle si courte ? » et des « si j’étais le jour, je serais un gros flemmard ! » je finis par me lever. Nous partîmes enfin. Sur le chemin, nous croisâmes quatre personnes vêtues entièrement de Noir, qui courait, un katana à la ceinture, slalomant entre les passants. Je me rendis bientôt compte que Marie n’était plus derrière moi. Je la cherchais du regard, et finalement, je la vis. Je m’approchais d’elle, et elle souffla :
« Des Shinigamis ! Des dieux de la mort ! Comme ils sont impressionnants ! »
De retour à la maison, je m’enfermais dans ma chambre, et je regardais par la fenêtre. Mon regard fut attiré par une silhouette dans le jardin. Kamui se trouvait là, assis dans l’herbe, avec ses vêtements noirs de Shinigami. Kawa sur ses genoux se laissait caresser, et semblait ronronner. Mon esprit se figea un instant sur cette vision.
*Sale matou ! Pourquoi moi, il ne me laisse jamais approcher ?*
Une grande lassitude s’empara de moi, et je restais un moment avec cette pensée, quand une autre me traversa l’esprit :
*Si j’étais un Shinigami moi aussi ? Je serais respecté. Kawa n’aurait plus peur de moi, car je pourrais contrôler mon aura. Et puis… Marie m’admirerait aussi… Elle le regarde tout le temps. Et si j’étais un shinigami ?*
« Même s’il ne le dit pas il l’aime bien finalement, ce chat ! Je suis contente de l’avoir ramenée ! »
Je l’observait en repensant à ce qui m’avait traversé l’esprit avant que ce bruit viennent perturber le cours de mes pensées. Ma gorge nouée, je n’arrivais plus à prononcer le moindre mot. Et puis finalement, je pris une grande inspiration, et je criais :
« Moi aussi, je vais devenir fort ! Moi aussi je vais devenir un dieu de la mort ! »
Marie fit un bond à son tour, et regarda mes joues d’un air surpris. Le sang m’était monté à la tête, et j’entendais distinctement les battements de mon cœur comme un tambour. Je n’avais pas remarqué que Kamui s’était penché pour me regarder à son tour. Je continuais mon discours, sans pour autant baisser le ton de ma voix :
« Tu m’entends ? Je vais devenir un Shinigami ! » Je me sentais revivre, grâce à ce courage, que j’étais allé chercher tout au fond de mes tripes, et je regardait Marie d’un air décidé.
Son visage surpris changea dès que j’eus finis mon discours. Ses sourcils se contractèrent, ses yeux brillèrent un instant, et sa bouche tremblait frénétiquement. Elle aussi avait à présent le visage écarlate, et elle se leva brusquement. J’eux l’impression qu’elle essayait de s’empêcher de faire quoi que ce soit, mais ses mains tremblantes eurent raison de sa détermination. D’ailleurs l’une d’entre elle vint percuter ma joue droite avec un claquement qui résonna dans la pièce. La baffe me fit tourner la tête tant elle était forte de colère. Je regardais son visage sans comprendre, massant ma joue endolorie. C’était à son tour de crier :
« Espèce de crétin ! Tu crois vraiment que tu en es capable ?! Tu es faible, mou, indécis, tu ne prends jamais de décisions tout seul ! Tout ce que tu fais, c’est te laisser vivre, et quand tu décides quelque chose, c’est sur un coup de tête ! Tu l’oublies deux jours après ! »
Elle marqua une pause. Puis se précipita sur la porte de la chambre.
« Va donc te faire tuer si tu y tiens tant ! »
La porte claqua en se refermant, résonnant plus fort encore que quand elle était entrée. Kamui, quant à lui, observait la scène sans bouger. Puis il se remit à caresser le chat tranquillement.
Moi, j’étais agenouillé devant la porte de ma chambre, les mains sur les genoux. Mes poings serrés écorchaient les paumes de mes mains, et ma joue me brûlait plus encore. La tête baissée, j’empêchais mes larmes de couler sur celles de Marie, qui mouillaient l’entrée de la pièce.